L’Afrique et la sécurité.

 

 

L’Afrique et l’héritage de 1960.


C’est l’époque où les principales puissances colonisatrices (France, Angleterre, Portugal) se sont désengagées (partiellement) du Continent Africain.


Les Etats, nouvellement indépendants, disposaient alors de structures administratives, commerciales et sociales mises en place par les colonisateurs, mais perdaient les budgets de fonctionnement correspondants.

 

Hormis quelques exceptions (pays du Maghreb, Afrique du Sud et Gabon), la plupart des pays africains se sont trouvés dans l’incapacité financière de se gouverner « à l’européenne ».


Des « arrangements » sont alors intervenus entre les Etats africains et leurs anciens protecteurs : ces derniers assurant la sécurité des régimes (souvent despotiques) mis en place contre la pérennisation des activités des grandes sociétés – industrielles, - agricoles - qui leur étaient acquises.

 

 En gros, les anciens protecteurs assuraient la sécurité des Etats nouvellement créés et ceux-ci, en échange, confortaient leurs intérêts économiques sur leurs territoires (la France et les « réseaux Foccard » sont une illustration très représentative de cette tendance, côté français, qui a duré près d’un demi siècle, avant de s’essouffler).

 

Pourquoi est-ce que cela ne marche plus ?

 

Plusieurs causes ; la principale étant que ces Etats n’ont jamais eu la puissance financière, sans laquelle il ne saurait y avoir d’indépendance digne de ce nom.

 

-         Le despotisme de nombreux chefs d’état (Amin Dada, Bokassa, Mobutu, …) a fini par ternir l’image de ceux qui les soutenaient.

 

-         Une démographie galopante qui ruine tous les espoirs de progrès social, économique et sanitaire (l’Afrique comptait cent millions d’habitants en 1950, 750 millions en 2000, et en comptera deux milliards en 2050 selon l’ONU).

 

-         Des économies nationales dont les comptes bancaires sont souvent ceux des chefs d’Etat en personne. D’où pots de vin, corruption, trafic d’influence,

 

-         Et, le plus grave sans doute, c’est que les chefs d’Etat  paient leurs troupes sur leurs propres deniers. Celles-ci, lorsque les caisses sont vides, ne sont plus payées, et se retournent alors contre les autorités légales, qu’elles renversent. Les pays protecteurs sont alors placés dans un dilemme : soit ils respectent leurs engagements et ils se ré impliquent dans le « guêpier africain », dont ils voulaient se sortir, avec le risque d’être désavoués par la communauté internationale, soit ils prennent parti pour les « insurgés », et perdent toute crédibilité.

La France a connu ce genre de situation au Mali en 2012 et en Centrafrique en 2013. Et y a fait face de façon différente semble-t-il.

 

-         L’émergence de nouveaux protecteurs potentiels. La mondialisation a mis fin aux monopoles nationaux, tandis que les « appels d’offre » portent un coup sévère aux privilèges des domaines traditionnellement réservés.

 

-         L’apparition de la Chine. Elle est intéressée par le formidable réservoir de matières premières de l’Afrique et par ses capacités agricoles. Elle a à sa disposition des moyens financiers considérables. Elle ne respecte pas les règles de l’OCDE en matière de dumping commercial, ni de protection de l’environnement. Elle sait utiliser (aussi) de la main d’œuvre africaine lors de la réalisation de grands travaux d’infrastructure.

Enfin, le Chine pratique une véritable politique d’occupation territoriale : les Chinois émigrés, qui s’installent à la faveur d’un contrat ou d’un marché, restent sur place lorsque ceux-ci s’achètent.

 

-         Le rôle ambigu des Etats-Unis. Les Etats-Unis sont les alliés de l’Europe, en matière de droits de l’Homme, de démocratie, etc… Mais technologiquement, l’Europe est un rival qui leur prend de précieuses parts de marché dans le nucléaire, l’Espace et l’Aéronautique.

Ils ne souhaitent pas l’échec de l’Europe (qui aurait pour eux de graves conséquences). Mais les difficultés qu’elle peut rencontrer, qui limitent un peu ses performances, sont les bienvenues.

 Dans le domaine agricole, les USA souffrent de devoir limiter leur production, sous peine d’effondrer les cours. Lorsque la Chine achète ou loue les terres agricoles des pays africains les plus déshérités, les USA se frottent les mains : les populations que l’on prive de nourriture constituent un spectacle émotionnel insoutenable, qui amène l’ONU (le Fonds d’Aide contre la Faim) à débloquer des millions de dollars en leur faveur. Cet argent, qui vient de la   Communauté Internationale, sert à racheter au prix du marché les surplus américains qui seraient invendables autrement.

 

 

Y a-t-il des points forts qui subsistent ?

 

-         Le passé commun que nous avons partagé avec les Africains n’a certes pas laissé que des bons souvenirs – mais pas non plus que des mauvais. L’accueil réservé à nos troupes lors de la libération du Mali est là pour le prouver. Et les Américains auraient aimé avoir le même en Irak ou en Afghanistan. Nos troupes ont une connaissance du terrain, du climat, et des populations qui leur permet de se trouver rapidement en situation opérationnelle.

 

-         Nos bases prépositionnées, à Djibouti, au Tchad, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon (et peut-être encore peut-on espérer en Centrafrique) nous permettent d’intervenir rapidement et efficacement.

 

-         Enfin, en l’état actuel des choses, ni les Américains, ni la Chine n’ont intérêt à voir le chaos s’installer en Afrique. La France, qui a su faire preuve de modération et de son sens du dialogue, voit ses interventions plutôt bien accueillies par ces derniers, quand ce n’est pas souhaitées.

 

-         La position française est exceptionnelle : aucun autre pays ne possède comme nous des bases prépositionnées, qui nous permettent d’intervenir rapidement et efficacement, un peu partout.

 

-         A son corps défendant, la France est le gendarme de l’Afrique.

 

 

Quelles sont les conséquences pour l’Afrique ?

 

Depuis un demi siècle, la France s’efforce de se désengager politiquement du problème africain, tout en se voulant un partenaire économique. Elle n’y parvient pas car, à de rares exceptions, les états africains n’ont pas la stature qui leur permettrait de se comporter en partenaires.

 

L’Afrique ne deviendra maîtresse de son sort que lorsqu’elle aura jugulé le fléau qui annihile tout espoir de progrès : sa démographie incontrôlée. Il s’agit avant tout d’une véritable révolution culturelle, à l’encontre de ses coutumes, de ses mentalités et de ses religions. Ce n’est que lorsque les femmes africaines auront la possibilité de ne pas avoir plus d’enfants qu’elles ne peuvent en élever, que le progrès économique, social et culturel pourra devenir une réalité.

La sécurité suivra.

 

Cela finira par se faire un jour, en particulier grâce aux systèmes d’information (télévision, internet, etc…) qui influent petit à petit sur les mentalités.
Mais ce sera long.

Plusieurs dizaines d’années.

 

Entre temps, l’Afrique continuera à exporter vers l’Europe des vagues d’immigrants désespérés qui tentent d’échapper à leur sort tragique ; des gouvernements souvent plus corrompus que compétents continueront de mener leur pays vers le chaos, au grès des révolutions de palais … pour la plus grande joie des organisations mafieuses.

 

La France doit donc gérer durablement la situation présente. Et pour éviter qu’elle ne lui échappe, elle se trouve dans l’obligation de « conforter » les régimes en place.
Mais aucune formation des troupes de sécurité ne saurait garantir l’avenir : celles-ci se retourneront forcément contre leur autorité légitimes, dès qu’elles ne seront plus payées.

 

 

Quelles sont les stratégies possibles de la France pour la sécurité africaine ?

 

-         La France peut « maintenir l’ordre » en Afrique avec ses propres troupes. C’est aujourd’hui possible. Mais cela ne pourra pas durer dans le temps (des manifestations anti françaises ont menacé un certain temps notre dernière intervention en Côte d’Ivoire , et le contexte centrafricain est parfois préoccupant).

 

-          Elle peut aussi payer les troupes africaines pour s’assurer de leur fidélité.

 

 

-         Elle peut, pour ce faire, rechercher l’aide de l’Europe et des autres états africains.

 

-         Elle peut aussi tenter de combiner ces 3 solutions types. Mais dans tous les cas la sécurité de l’Afrique coûtera cher à la France. Si elle ne le fait pas, l’Afrique sera peu à peu occupée par les Chinois et les Islamistes. Dans le même temps, une immigration désespérée et incontrôlable s’efforcera de trouver refuge en Europe. Pour le plus grand malheur de l’Europe et de l’Afrique.

 

Il n’y aura pas de progrès ni de sécurité en Afrique si la France n’y met pas le prix.