Trinquier, le terrorisme et l’État de Droit.

 

 

 

J'aime bien Trinquier. Ce n'est pas un énarque ; il parle de ce qu'il connaît. Son savoir est basé moins sur ce qu'on lui a appris que ce qu'il a vécu. C'est presque quelqu'un de la génération de mon père (ancien combattant de 1918). A l'époque où ils vivaient, l'armée était le centre de cohésion de la nation française. Ils se sont laissés entraîner dans la conception des anti contre les pros (les Français contre les Allemands, le monde libre contre le communisme, les révolutionnaires contre les bourgeois, l'état de droit contre les terroristes, etc...).

 

Bref, cette génération a adhéré à l'idéologie à la mode à son époque : le monde est coupé en deux (le monde libre contre les système totalitaristes) et est secoué par le combat du Bien contre le Mal. Dans ce contexte, Trinquier découvre les grands principes de la guerre révolutionnaire (l'enchaînement terrorisme/subversion) et explique comment y faire face (une guerre psychologique qui ne peut être efficace que si les insurgés sont contrés sur le terrain ; la population excédée par leurs exactions se retournant alors contre eux).

 

Trinquier a afit sans état d'âme et avec conviction des guerres qui lui ont donné raison (tout le monde se souvient de sa réussite lors de la bataille d'Alger en 56, aux côtés de Massu et Bigeard).

 

Mais Trinquier était parfaitement lucide sur le danger qu'il y avait à devenir soi-même totalitaire, en voulant combattre le totalitarisme. D'où les cas de conscience qu'il évoque sans fard, et qui ne pouvaient recevoir que des réponses personnelles, et non pas collectives ou réglementaires.

 

Trinquier a fait face aux combats du vingtième siècle, avec les moyens dont disposaient les soldats du vingtième siècle.

Ni mon père, ni Trinquier, ni personne de cette génération ne pouvait imaginer ce que le Pape François a si bien résumé : « les guerres de religion n'existent pas. Il n'y a que des guerres d'intérêts » (il aurait pu ajouter que ce sont les fauteurs de guerres qui utilisent les religions pour que les gens s’entre tuent davantage)...

Pour que la guerre puisse se faire, il fallait que les armées soient mondialement respectées.

 

D'où le principe qui a longtemps prévalu : toute nation forte est invulnérable.

Hélas ! La victoire de 1918 fut pour l'armée française une catastrophe morale (Saint Saint-Exupéry écrira « une victoire affaiblit un peuple ») car elle entraîna la disparition de la nécessité de cohésion nationale.

 

Les militaires de l'entre-deux- guerre se comportèrent comme les maîtres du monde, au grand dam des politiques à qui ils faisaient de l'ombre. La défaite de 1940 les fit tomber de leur piédestal et les guerres de décolonisation portèrent un coup fatal à cette génération qui s'était sacrifiée pour le France.

 

En même temps, le pouvoir politique tenait sa revanche. Avant guerre, la France était dirigée par un double pouvoir : celui du temps de paix, assez semblable à celui que nous connaissons, et celui du temps de guerre, sous lequel la gouvernance du pays était pratiquement exercée par le pouvoir militaire.

 

Initiée par la suppression des tribunaux militaires, poursuivie par le transfert des responsabilités de la Défense Opérationnelle du territoire aux préfets de région, achevée par la suppression du service National, l'Armée a peu à peu perdu les moyens techniques et l'autorité morale qui lui ont fait longtemps incarner la légitimité nationale.

Face aux événements terroristes , le pouvoir civil s'efforce de garder la main en utilisant l'armée comme une troupe de mercenaires, à la solde de leurs employeurs (d'ailleurs les chefs des anciens « Premiers Bureaux » des Armées, en charge des effectifs, sont devenus des Directeurs des Ressources Humaines, dont le premier d'entre eux est aujourd'hui une énarque dont la formation militaire semble assez réduite par rapport à ses autres compétences, ce qui finalement n'a qu'une importance relative puisque, comme chacune le sait, la fonction DRH a été créé par Jean Auroux en 1984, pour que les représentants du personnel et des syndicats puissent intervenir dans les décisions concernant la marche de l' »Entreprise », avec un membre de la Direction, dont la parole engageait celle du Directeur Général. Quand Madame Anne Sophie Avé sera-t-elle l'interlocutrice des délégués de soldats en nom et lieux du Ministre de la Défense ?

 

La situation actuelle est triste à pleurer : nous avons un Premier ministre, qui a réprimé de façon totalitaire les manifestations pacifistes de la « Manif pour tous » et des « Veilleurs », bafouant de façon fascisante la liberté d'opinion, de mœurs, de conscience et d'expression d'une grande partie de la France profonde, et qui s'offusque aujourd'hui que l'unité nationale ne se fasse pas autour de lui.

 

Nous avons un Président de la République qui, après avoir osé déclarer au Parlement de Strasbourg que « le nationalisme était cause de guerres » (les curieux auxquels j'appartiens se demanderont pourquoi dans cet état d 'esprit il s'est porté candidat à la Présidence de la Nation), trouve maintenant judicieux de créer une « garde nationale » pour défendre la pays, sans se rappeler que dans nos institutions, il existe déjà une organisation dont c'est la mission et qui s'appelle l'Armée.

 

Seulement voilà : utiliser l'Armée dans ses fonctions régaliennes, c'est retirer à la mouvance gauchiste des prérogatives dont le pouvoir politique s'est indûment emparé : la Justice ne veut pas renoncer à l'autorité qu'elle prétend exercer seule vis à vis de la répression de tout acte contraire à la vie civile, et sur sa légitimité à contrôler les agissements des forces de l'ordre dans l'accomplissement de leurs fonctions ; le Ministre de l'Intérieur, après le détournement de la Gendarmerie au profit de son Ministère, trouve valorisant de mettre les soldats généralement aguerris, courageux et compétents, aux ordres de gardiens de la paix qui n'ont le droit de faire usage de leurs armes qu'en cas de légitime défense ; le ministre de la Défense, incapable après quatre ans et demi d'exercice, de veiller à ce que la solde des militaires soit versée correctement, s'en fiche éperdument , préférant jouer au Chef d’État-major des Armées et tailler des croupières à son collègue des Affaires Étrangères, qu'on me pardonnera de ne pas accabler ici, par charité chrétienne.

 

Tous ces cafouillages, tous ces dysfonctionnements reposent, paraît-il, sur une obligation incontournable : celle de l’État de Droit. Cet argument est repris d'une seule voix par la trilogie qui nous gouverne : Élysée, Matignon et place Beauveau.
Ceci n'est qu'un mensonge en bande organisée. Un État de Droit est un État qui respecte la loi, dans son cadre constitutionnel. Et selon la Constitution de la République Française, c'est au Chef des Armées, et aux responsables qu'il appartient de conduire la guerre. C'est au contraire en bidouillant avec les droits, les devoirs, et les responsabilités de tous pour que chacun de cette association de complices en tout genre y trouve son compte, que notre gouvernement viole toute référence à l’État de Droit.

Car la Gauche dite (faussement) progressiste berne de façon éhontée l'opinion publique, en prétendant que combattre le terrorisme puisse poser des cas de conscience dont l'ignorance mettrait en danger l'existence de l’État de Droit.

Nous ne sommes plus à l'époque de Trinquier. L'ennemi terroriste que nous combattons ne réside pas dans des territoires lointains sur lesquels notre souveraineté pouvait être différemment appréciée. Il vient délibérément nous agresser sur notre sol national, et ne pas le combattre, c'est faire preuve d'intelligence avec l'ennemi.
De même, il est mensonger de prétendre qu'une attitude ferme de l’État risquerait d'accabler la population émigrée en mal d'intégration. Les émigrés que nous accueillons sur notre sol ont droit à la même sécurité que les Français de souche. Les terroristes prennent pour cible les uns et les autres, sans discernement.

Le gouvernement est inexcusable quand il prétend qu'il faut laisser massacrer les uns pour ne pas froisser les autres.

 

Si nous voulons agir dans un cadre juridique, il faut reconnaître que la France a un ennemi qui est le terrorisme islamique. Il faut donner à notre armée les ordres et les moyens de le détruire. Il faut mettre en camp de prisonniers les terroristes et leurs alliés capturés sur notre territoire (les prisonniers de guerre n'ont pas à être remis à la justice ; ils doivent, selon les conventions de Genève, être maintenus en centre de détention. Leur sort sera fixé lors du traité de paix internationalement reconnu, qui établira les conditions de paix acceptées par chacun).

 

Agir différemment, c'est se mettre ipso facto hors de l’État de Droit, ou, pour faire plus court, hors la loi.

 

 

 

Hervé LE BIDEAU

28/07/2016