Trump et le Moyen-Orient : tout changer pour que rien ne change.

 

Les relations officielles américano-russes concernent la politique de ces états au jour le jour. Côté américain, elles sont menées par l'exécutif, qui joue à chaque instant sa crédibilité, et orchestre l'action des relais sur l'opinion publique, que sont la presse, les médias, et les think tanks.

Sa réussite, ou son échec, est sanctionnée lors des élections, dont les résultats justifient la continuité ou l'abandon de la posture politique officielle.

 

Côté russe, cela concerne la propagande de l’État, mais aussi les prises de position de V. Poutine, dans lesquelles les Occidentaux s'efforcent, à tort, de ne voir que des déclarations de propagande.

 

Les relations réelles reposent sur l'analyse des intérêts profonds des nations américaine et russe, qui sont faites par le CFR pour la première, et le SFB pour la seconde.

C'est cette distinction qui m'avait permis de penser, en 2013, alors que F. Hollande était à 24 heures d'attaquer la Syrie, que « Bachar Al Assad venait de gagner la guerre ».
En effet : a) en aucun cas l'enjeu syrien ne pouvait justifier une guerre totale entre la Russie et les USA ;

b) si d'aventure les États-Unis avaient voulu se saisir du prétexte de la guerre syrienne pour attaquer la Russie, ils l'auraient fait dans des conditions où ils auraient du affronter une coalition Russie-Chine et sans doute Inde. Le CFR est trop mature pour se permettre une pareille bévue.

 

Dans la situation actuelle, les USA semblent changer d'attitude vis à vis de la Russie. En fait, les intérêts profonds américain et russe n'ont pas changés. Ce n'est que la façon de les défendre qui a évolué, et, pour la crédibilité de la démocratie, les États-Unis se sont doté d'une nouvelle équipe dirigeante (Trump a choisi comme responsable du Renseignement l'ancien général, patron du Renseignement militaire, le DIA, que B. Obama avait licencié il y a deux ans car il ne cautionnait pas la politique des USA au Moyen-Orient).

 

Toute action de propagande étant écartée, ce qui semble réellement nouveau, c'est que les USA semblent accepter que la Russie accède aux mers chaudes (Erdogan a du souci à se faire) et que cette dernière consente en échange à une partition de l'Ukraine.

La guerre contre DAESH semble prendre une tournure favorable pour B. Al Assad. Mais elle n'est pas terminée, loin s'en faut, en particulier dans les territoires revendiqués par les Kurdes, les Turcs, la Syrie et l'Irak.

 

Cependant, ni la diplomatie française, ni Erdogan, ne recommenceront de sitôt l'énorme erreur de croire qu'ils sont capables d'entraîner les Russes et les Américains dans un conflit mondial. C'est déjà bien.


Hervé Le Bideau

24/11/2016