Trump prend Jérusalem en otage.

 

L'Europe est le premier importateur mondial d'énergie. Le marché pétrolier européen est donc suivi de très près par tous les pétroliers, et en particulier par les Américains, Russes et Arabes de Riyad.

Les producteurs ont intérêt à ce que le marché soit suffisamment « tendus » pour que les prix soient élevés. Mais pas trop cependant, car si les prix sont trop forts, l'économie européenne faiblit, et sa consommation s'effondre.

 

Les trois grands du pétrole sont donc amenés à « s'entendre » (jusqu'à un certain point ») pour réguler les approvisionnements européens d'hydrocarbures.

Or, depuis l'élection de Trump, les États-Unis semblent divisés sur la politique pétrolière à tenir, entre les libéraux (Clinton, Obama, Soros, Rothschild) et les républicains (Trump, Rockefeller).

 

Les libéraux estiment que l'intérêt des USA est de fermer (ou de restreindre) les approvisionnements provenant de la Russie pour avantager ceux venant des États-Unis et de l'Arabie. Au contraire, les conservateurs estiment qu'il faut demander à l'Arabie Saoudite de réduire sa production et de desserrer les freins aux exportations russes vers l'Europe.

 

Pourquoi cette différence d'approche ?

Parce que la politique énergétique n'est qu'un aspect partiel de la politique économique : fermer le marché européen aux Russes, c'est les obliger à exporter leur production vers la Chine. Or, si le prix des hydrocarbures en Chine baisse, cela augmente la compétitivité chinoise et cela accélère l'ascension de l'Empire du Milieu comme première puissance mondiale ; aujourd'hui dans le domaine commercial, demain dans celui de l'économie, et après-demain dans le domaine militaire.

 

La situation nouvelle.

Cet équilibre à trois a été perturbé en 2010 par l'exploitation du gaz du Détroit d'Ormuz. L'Iran, puis le Qatar, sont devenus des concurrents commerciaux de l'Arabie et des USA.

 

Les guerres de Syrie, et DAESH ont empêché la construction des gazoducs qui auraient permis au gaz du Golfe d'arriver (en masse et à bas coût) en Europe. Cela s'est fait avec la complicité initiale de la Russie, qui, elle aussi, avait intérêt à un coût élevé de l'énergie en Europe. Puis, la Russie est intervenue à son tour en Syrie, avec l'appui tacite des Américains, car tous les deux (Russie et USA) avaient intérêt, non pas à ce que la guerre soit gagnée par l'un ou l'autre des belligérants, mais à ce que la guerre dure.

 

Cette guerre est en voie d'achèvement, car une autre perturbation est en cours de développement : le gaz et le pétrole de Méditerranée.

Trois zones immenses de réserve d'hydrocarbures (le total des gisements serait supérieur ou égal à ceux du Golfe) entourent les fonds marins tout autour de Chypre.

Le gisement sud (Léviathan), exploité par Israël depuis 2011 (avec la participation de sociétés américaines, dont Noble Energy, dans laquelle Bill Clinton exerce un rôle de dirigeant, excède les besoins d’Israël, qui s'efforce de commercialiser sa production en Europe. Le Général Flynn (conseiller sécurité de Trump dans les premiers mois de son mandat) appartenait à une société qui commercialisait vers la Turquie et l'Europe la production gazière d'Israël.

Quand on connaît les liens d'Israël avec l'administration américaine en général, et en particulier avec les démocrates, il est facile de comprendre le choix politique de ces derniers : interdire le marché européen à la Russie, pour permettre aux États-Unis, l'Arabie Saoudite et Israël de s'en réserver l'exclusivité.

Les nouveaux problèmes.

Le gisement Levantin (au large du Liban et de la Syrie) a fait l'objet d'initiatives libanaises, depuis 2013 (voir ma fiche « Saad Hariri, la guerre de Méditerranée a commencé »du 1/11/2017). La reprise, en septembre 2017, des consultations interrompues par la crise gouvernementale de 2013 et la promulgation de la loi fiscale du 19/01/2017 régissant les hydrocarbures, ont amené Mohamed ben Salman à « convoquer le premier Ministre saad Hariri et à le démissionner ».

Les conséquences de ce « coup de force » ne sont pas encore stabilisées,qu' Israël début décembre relance un projet de juillet dernier de construire un gazoduc Haïfa, Chypre, Italie (voir ma fiche du 12/07/17 : « le gazoduc Haïfa, Chypre, Italie : projet ou leurre ? »)

 

Or, la situation de Léviathan le place à la fois dans la zone de revendication d'Israël, mais aussi de la Palestine (bande de Gaza) et de l’Égypte. Et il est évident que l'investissement nécessaire à une telle entreprise ne va pas laisser ces deux derniers pays indifférents.

 

C'est donc la production de ces deux gisements Léviathan et Levantin qui risque de faire son apparition sur le marché européen. A ce stade, il y a fort à parier que les gisements nord (compris entre Chypre, la Turquie et la Grèce), que les « activité » de Noble Energy ont réussi à geler depuis les années 2010, soient mis eux aussi en exploitation (Total semble très actif dans la région).

 

La réaction de Trump.

C'est le moment que choisit Trump pour transférer son ambassade, de Tel Aviv à Jérusalem. Ce faisant, il refait l'unité de la totalité du monde arabe (à l'exception peut-être de l'Arabie Saoudite) contre Israël. Cela ne s'était pas vu depuis la guerre du Kippour en 1973.

L'objectif est double :

  • vis à vis du monde arabe : tous ceux qui ne sont pas les alliés de la coalition américano-saoudienne sont ses ennemis ; et les concurrents pétroliers de l'Arabie en font partie.

  • Vis à vis d'Israël : seul contre tous, il ne peut envisager sa survie qu 'en s'appuyant sur les États-Unis. Et pour cela, il doit abandonner son projet de gazoduc.

Ce transfert d'ambassade à Jérusalem est beaucoup plus qu'un geste symbolique. C'est un acte de défiance vis à vis du monde arabe : les USA sont prêts à la guerre (sous prétexte de défendre Israël) ; et un oukase vis à vis d'Israël : s'il n'abandonne pas son projet gazier, il sera seul face au milliard et demi de musulmans de la planète.

 

Mesures d'accompagnement.

Dans son désir d'empêcher l'extraction du gaz de Méditerranée au profit de l'Europe, et de rééquilibrer les fournitures des Russes entre la Chine et l'Europe, Trump peut compter sur l'appui de Poutine.

Dans un article intitulé « l'enfer pour Weinstein, Obama et les Clointon », le Réseau Voltaire, au sujet de l'affaire Weinstein, écrit que, à l'initiative du président Trump, « les principaux magnats d'Hollywood sont en train de tomber, emportant dans leur chute les puritains du Parti Démocrate ».

Suivent 6 pages de dénonciations des mises en cause des célébrités les plus connues qui apparaissent dans le scandale Weinstein, et leurs liens financiers avec les milieux de la politique.

 

Or, toutes ces affaires concernent des membres ou des soutiens du Parti Démocrate (je serais surpris que les Républicains soient tous des oies blanches, même si le milieu hollywoodien est très majoritairement favorable à Obama, et hostile à Trump).

 

D'autre part, de nombreux rédacteurs du Réseau Voltaire ne cachent pas d'être favorables à des politiques russophiles (ce qui n'enlève rien à la valeur de leurs informations, bien au contraire ).

 

Enfin, le KGB (et sans doute de nos jours le FSB) s'était hautement spécialisé dans le recrutement et la pénétration de déviants sexuel, spécialement aux Etats-Unis. Enfin, une guerre durable au Moyen-Orient, bloquant l'exploitation du gaz de Méditerranée, et limitant la production de l'Arabie Saoudite, qui s'en plaindrait ?

A mon avis, ni Trump, ni Poutine.

 

 

Hervé Le Bideau

9/12/2017