Le bilan politique des frappes en Syrie.

 

1) Le constat.

Les Américains et leurs amis ont frappé. Trump a sauvé la face.

Le bilan matériel est dérisoire : 103 missiles (d'un prix égal à celui de la moitié d'un avion de combat chacun) ont bien été tirés sur des installations vides, puisque aucune victime n'est à déplorer.

Cela laisse supposer que les « alliés »avaient préalablement averti les troupes au sol, au moins russes. Et que celles-ci aient accepté de ne pas riposter (malgré leurs moyens ultra modernes) si elles n'étaient pas attaquées directement.

 

En d'autres termes, les alliés ont demandé aux Russes la permission de se livrer à cette opération de grand spectacle.

Quelques heures plus tard, les troupes de B. Al Assad occupaient les dernières zones rebelles de la Ghouta, prouvant ainsi que les actions de la mini coalition n'avaient aucune incidence sur la reconquête du territoire syrien par son armée.

 

2) L'analyse.

Peut-on en déduire que cette action a été inutile ? La réponse est non.

a) Les États-Unis cherchaient à cristalliser l'union de leurs alliés de l'OTAN contre la Russie. La présence de forces anglaises et françaises à leurs côtés, et le soutien diplomatique qu'ils ont reçu des instances européennes montrent qu'ils ont atteint leur objectif.

b) Les Russes semblent un peu avoir abandonné leurs alliés syriens. Mais ce lâchage n'est qu'apparent, car suite à cette action de guerre des alliés, ils ont fait savoir qu'ils allaient équiper l'armée syrienne de moyens anti aériens performants, avec en particulier leur système anti missile S 400 : les avions américains, britanniques, français, mais aussi turcs et israéliens ne pourront plus violer l'espace aérien syrien impunément.

 

3) Enseignement.

  • Les Américains ont atteint leur but : rétablir une sorte de rideau de fer entre l'Europe de l'Ouest et la Russie (essentiellement pour conserver le marché européen des hydrocarbures).

  • Les Russes consolident leur présence en Méditerranée et bénéficient de l'appui chinois et iranien.

  • Les deux parties ont gagné, car elles poursuivent des objectifs différents.

  • Poutine laisse à Trump l'occasion de se retirer de ce conflit la tête haute. Rien ne laisse penser qu'il en profitera, car les intérêts pétroliers des USA ont besoin de la permanence d'une zone de conflit en Méditerranée occidentale.

 

Hervé Le Bideau

16/04/2018