Relations USA-Chine. En Birmanie, les États-Unis franchissent la ligne rouge.

 

Ils sont nombreux (dont Thierry Meyssan et Philippe Raggi) , les spécialistes de l'Asie du Sud-Est à éclairer les événements de Birmanie d'un jour différent de celui de la presse officielle.

 

Selon cette dernière, il s'agit d'une guerre civile, opposant les nationalistes racistes birmans à la minorité musulmane, les « Rohingyas ».

 

Sauf que les deux millions de Rohingyas vivant en Birmanie (à la frontière du Bangladesh et proche du golfe du Bengale) ne représentent que 50% des minorités musulmanes de ce pays, et que les 50% restant n'ont aucun problème d'intégration, ni ne font l'objet de persécution ni raciale, ni religieuse.

 

Déplacés du Bengale par les Britanniques lorsqu'ils conquirent la Birmanie et la rattachèrent à l'Inde de 1886 à 1937, les Rohingyas sont restés, pour les nationalistes birmans (qui s'opposèrent aux Japonais de 1941 à 1945) des ennemis, favorables aux Britanniques. L'indépendance du Myanmar, proclamée en 1948, n'a rien arrangé au problème, bien au contraire.

 

Car les liens qui existaient entre les Services britanniques et les Rohingyas ont engendré le soutiens de ces derniers par les Services pakistanais (ISI) présents au Bengale. Les Pakistanais contrôlent les 300.000 émigrés mâles rohingyas qui travaillent en Arabie Saoudite, parmi lesquels sont recrutés et entraînés des combattants d'Al Qaïda. Ce sont eux qui « exécutèrent » (au sens du S.O.E (Special Operation Executive)) les opérations terroristes contre l'armée birmane en octobre 2016, puis en Août 2017 (71 morts chez les forces de l'ordre).

 

Comme en Syrie en 2012, où les « insurgés » se mélaient à des rassemblements contestataires et ouvraient le feu sur l'armée syrienne pour amener celle-ci à tirer à son tour sur les manifestants (pratique courante du S.O.E), les terroristes de « l'Armée su Salut » entraînaient par leur combats les troupes birmanes dans les villages rohingyas, avant de franchir la frontière, et de se réfugier au Bangladesh.

 

Tout cela est parfaitement décrit par Thierry Meyssan dans son article du 3 octobre « l'Islam politique contre la Chine », publié par le réseau Voltaire. Il souligne qu'en présentant les événements birmans comme une guerre religieuse entre les bouddhistes et les musulmans, les Rohingyas ont reçu le soutien, à la fois de la Turquie, de l'Iran et de l'Irak, ce qui est de bon augure pour que les États-Unis puissent se retirer discrètement du bourbier syrien, en abandonnant leurs alliés kurdes, et se retourner vers le Sud-Est asiatique.

Cette conclusion est inattaquable, mais je crois utile de développer ce que veut dire pour les USA « se retourner vers le Sud-Est asiatique ».

 

Depuis le début du vingtième siècle, où les Rockefeller et la FED financèrent la révolution soviétique pour chasser les Nobel des champs pétroliers de Bakou, lorsque les Américains font la guerre, il y a souvent des intérêts pétroliers derrière (la guerre de Syrie en est une parfaite illustartion).

 

Mais jusqu'à présent, l'engagement US était directement lié aux bénéfices financiers qu'ils allaient tirer de l'opération.

 

Or, en Birmanie, il ne s'agit pas de cela. Certes, il y a des champs pétrolifères, reliés à la Chine par pipeline, et les compagnies américaines (et la Shell) aimeraient déposséder Total des investissements qu'elle a réalisés dans cette région.

Mais l'enjeu est disproportionné par rapport à l'entreprise.

Ce n'est pas tant les gisements birmans qui inquiètent les USA, que le pipe qui relie la Chine au golfe du Bengale. Car il ne sert pas à exporter le pétrole birman vers la marché international, mais permet au contraire aux importations de pétrole, provenant du golfe Persique, de rejoindre la Chine à partir du golfe du Bengale, sans que les bateaux n'aient à traverser les points de passage obligés de Sumatra, ni les zones controversées de la mer de Chine.
Une guerre en Birmanie, c'est zéro bénéfice pour les États-Unis, mais c'est une menace énorme sur les approvisionnements pétroliers chinois en provenance du golfe Persique. Il ne s'agit pas là d'une guerre pour conforter les intérêts américains, mais pour nuire à la Chine.

 

Les Américains sont des hommes d'affaires. Ils n'aiment pas les dépenses stériles. La dernière fois que les pétroliers américains ont agi contre leurs intérêts immédiats, c'était en juin 1941 quand ils ont cessé d'approvisionner le Japon en hydrocarbures. Privé de pétrole, le Japon était alors obligé d'envahir l'Indonésie dans les six mois (puisqu'il n'avait que six mois de stock de sécurité), et pour cela il lui fallait au préalable neutraliser la flotte américaine du Pacifique. Entre l'embargo contre le Japon de fin juin 1941 et Pearl Harbour, il y a cinq mois.

 

Cette comparaison permet de comprendre le sens de « la guerre civile » promue par les Américains en Birmanie : il s'agit ni plus ni moins de garder sous leur contrôle les approvisionnements chinois provenant du golfe, et de les rendre dépendants de la libre circulation des marchandises, en mer de Chine par exemple.

 

Ce n'est pas seulement un acte d'hostilité contre la Birmanie, ou Total, c'est un acte de guerre contre la Chine et l'Iran.

 

 

Hervé Le Bideau

12 octobre 2017