La Chine s’est éveillée. Et maintenant ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 1985, les découvertes annuelles de pétrole sont inférieures à la consommation mondiale. A partir de cette date l’écart s’est creusé de façon considérable : les chiffres de 2004 faisaient apparaître des découvertes de 4 milliards de barils, pour une consommation de 34 milliards de barils.


Or, grâce aux réserves constituées pendant de nombreuses années, et à cause de l’impopularité de toutes mesures de limitation de train de vie,  la consommation annuelle mondiale a continué à croître inexorablement, précipitant l’arrivée de l’inéluctable moment où la production sera forcée de décroître, faute de ressources, et de leurs difficultés d’exploitation. Les spécialistes de l’exploitation minière appellent cet instant  « Pic de production ».

Les experts pétroliers l’avaient situé entre 2008 et 2010. L’histoire déterminera s’ il a été atteint en 2009, 2008 ou… 2007.
Peu importe la précision de la date. L’important c’est de comprendre les conséquences de cette situation nouvelle : après un siècle et demi de consommation en hausse chaque année, et qui a permis « la croissance » (la population mondiale pendant ce temps est passée de 1 milliard d’habitants à 6 milliards et demi) nous entrons dans une période où chaque année verra sa consommation (pétrolière) diminuer par rapport  à la précédente.

Quelle sera l’importance de cette décroissance (pétrolière) sur l’économie mondiale ?

Est-elle susceptible de provoquer la récession générale de l’économie ?
Quelles seront ses conséquences sur l’équilibre politique de la planète ?

 Ce sont là les questions que tout homme responsable ne peut pas ne pas se poser.

                                    

 

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Indépendamment de toutes mesures politico commerciales conjoncturelles, la raréfaction du pétrole entraîne à terme un déséquilibre de la demande par rapport à l’offre. Il y aura nécessairement une période de hausse des coûts de l’énergie, et de ralentissement de la consommation, avant de connaître la véritable pénurie. Cette première phase va être dramatique.

 

La hausse du baril entraîne celle  du coût de l’énergie, qui à son tour se répercute sur l’activité économique toute entière.

 

En effet, pour produire de l’acier, il faut de l’énergie, pour l’aluminium et tous les autres métaux aussi ; pour obtenir des produits agricoles il faut de l’énergie, pour les produits chimiques et plastiques aussi, toutes les industries du bâtiment, de travaux publics, en sont grandes consommatrices…

Ajoutons à cela que le pétrole donne naissance à 180.000 produits dérivés (depuis les goudrons, les textiles, les engrais, les matières plastiques, les peintures, les solvants, les médicaments…) qui sont utilisés dans plus de 300.000 applications industrielles et on aura un aperçu de l’ampleur du phénomène.

La hausse du pétrole entraîne celle des matières premières, puis des produits finis, et de tous les biens mobiliers et immobiliers, et produits alimentaires. Cette augmentation des coûts des consommables se traduit par une perte du pouvoir d’achat des ménages, qui provoque une hausse des salaires…

A la fin des ces répercutions successives, on constate qu’avec 1 $, on peut acheter moins de pétrole, moins de biens, moins de services.

La hausse de l’énergie fait chuter le dollar, et toute l’activité financière qui s’y rapporte. L’inflation qui en résulte nécessite la hausse des taux d’intérêts qui freinent les investissements privés et industriels. La diminution de la production (ou consommation) pétrolière conduit à la récession de l’économie mondiale.

 

Certes un coup d’arrêt à ce processus semble avoir été marqué cet été 2008 grâce à l’action concentrée des politiques, des financiers et des pétroliers, qui tous ont tout à perdre de la crise. Il faut comprendre qu’une dépréciation du dollar de 10% provoque une diminution de 10% de toutes les valeurs capitalisées depuis toujours…et des dettes ! Pour une fois il y a eu convergence d’intérêt entre ceux qui travaillent et ceux qui profitent du capital. Cela durera … tant que les pétroliers pourront maintenir leur production à un niveau élevé, … et que les réserves fédérales disposeront des ressources suffisantes pour soutenir les défaillances des marchés… Cela durera un certain temps, mais cela ne durera qu’un temps.

 

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La fin progressive du pétrole s’accompagnera inexorablement de la récession, car aucune énergie de remplacement n’est à ce jour susceptible de compenser la disparition de 34 milliards de barils par an. (C’est le volume d’une citerne dont le fond aurait la surface de Paris à l’intérieur du périphérique, et pour hauteur celle du second étage de la tour Eiffel).

 

La récession sera supportable assez facilement pour les pays qui bénéficient de leurs autonomies agricole et énergétique. (Usa, Canada, Australie, Russie) Elle sera plus pénalisante pour ceux qui présente un déficit énergétique important (Europe, Amérique du Sud), elle sera dramatique pour ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires. (Afrique Saharienne et Sub- Saharienne, Chine, Inde, Asie du Sud Est)

Dans cette dernière catégorie les pays africanisés et l’Inde supporteront leur tragédie comme ils l’ont toujours fait : dans la résignation.

 

Il en sera tout autrement pour la Chine.

 

Ce pays qui dépasse 1,3 milliards d’habitants n’a de ressources alimentaires que pour 800 millions. Il ne vit (et se développe) que grâce à son extraordinaire activité industrielle qui lui permet d’inonder les marchés (occidentaux en particulier) ce qui lui procure les ressources financières pour s’approvisionner en céréales. (sur le marché Américain principalement)

La crise va tarir les marchés occidentaux et en même temps le financement des achats alimentaires sans lesquels la Chine ne peut vivre.


La Chine aura le choix entre la guerre civile ou la guerre contre l’étranger.

 

Cette dernière hypothèse nous concerne directement.

 

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La guerre à venir sera la guerre de la faim. Elle sera due au déséquilibre entre les besoins d’une population excédentaire et les ressources de la planète devenues insuffisantes. Ce sera une guerre de masse dont l’arrêt ne pourra intervenir que lorsque la population (6 milliards et demi aujourd’hui) aura diminué de façon significative. (Le seuil à atteindre sera  sans doute de 4 à 5 milliards si les survivants, tirant des leçons du passé,  s’accordent pour un gouvernement mondial, indispensable à la mise en œuvre de l’énergie nucléaire de fusion, ou de 2 à 3 milliards dans le cas contraire).

Mais avant de présumer de son issue, il importe de comprendre comment le conflit va naître, s’installer et se développer.

 

Quelle que soit son origine, (incidents de frontières entre l’Inde et le Pakistan, agression entre Iran et Israël, invasion de Taiwan par la Chine, etc. …), il est clair que l’effort principal de la guerre sera l’affrontement entre la Chine et l’Inde, car ces deux pays seront en rivalité pour l’acquisition vitale des ressources alimentaires qui leur sont nécessaires. Tous les deux possèdent l’arme nucléaire, ont une armée moderne et nombreuse, et sont capables de se battre avec fanatisme. De plus ils sont ennemis depuis toujours, et leur hostilité ancestrale a figé les alliances de l’Asie et de l’Orient autour d’eux :

∙ l’Inde s’appuie sur son allié traditionnel Russe tandis que la Chine cherche à l’encercler en espérant le soutien de Pakistan.

∙ dès lors Moscou joue de la rivalité entre Chiites et Sunnites pour soutenir Téhéran contre Islamabad, et tous les deux vont habituellement régler leurs différents dans les collines d’Afghanistan, par partisans interposés.

 

A ce niveau de raisonnement, trois constatations s’imposent :

∙ le monde musulman sera vraisemblablement divisé au cours de la phase initiale de cette guerre.

∙ la Russie, alliée à Téhéran et à l’Inde, sera sans doute opposée à la Chine, elle-même soutenue par le Pakistan, voire l’Arabie Saoudite.

∙ ni les Etats-Unis ni l’Europe ne semblent concernés directement par ce conflit.

 

Ceux qui ont suivi attentivement les campagnes successives du Viêt-Nam n’auront pas oublié qu’au lendemain de la chute de Pnom Penh  le Vietminh (soutenu par Moscou) avait envahi le Cambodge (soutenu par Pékin), ce qui avait provoqué la fissure du monde communiste. Mais si Pékin avait réussi à se libérer de la tutelle de Moscou, c’est parce qu’il avait trouvé l’appui des Américains et des Occidentaux, qui n’avaient pas hésité à prendre le parti de Pol Pot contre Giap, non seulement à l’ONU, mais aussi sur le terrain (installation de radars de surveillance en Mandchourie, livraisons d’avions de combat, modernisation du parc de blindés). L’Union Soviétique avait dû assister impuissante à l’émancipation de son protégé chinois, … en attendant de désoviétiser pour rompre son isolement. Le KGB avait compris que l’URSS ne pouvait pas tenir tête seule contre l’OTAN et la Chine.

 

Le même raisonnement joue cette fois en défaveur de la Chine : elle ne peut s’engager seule dans un conflit si elle a à la fois contre elle la Russie et l’OTAN.

La conclusion de cette observation est que la Chine ne pourra pas attaquer l’Inde (et donc la Russie) si elle ne bénéficie pas de l’aide américaine.

 

Or, si l’origine du conflit est due à une pénurie énergétique engendrant une insuffisance alimentaire, les Etats-Unis et la Russie n’ont aucune raison de se combattre : tous les deux ont leur autonomie et sont exportateurs, d’énergie pour la seconde et de produits agricoles pour les premiers. Objectivement ils sont en position d’alliés et non pas d’ennemis. Il y a donc lieu de penser que l’hostilité grandissante qui s’installe actuellement entre la Russie et les Etats-Unis est d’ordre tactique : il y aura vraisemblablement des escarmouches, voire des véritables combats, navals, aériens et même terrestres entre les deux pays. Mais ces combats, aussi meurtriers qu’ils puissent être, ne seront pas destinés à provoquer la capitulation de l’adversaire, ils ne viseront qu’à laisser les coudées franches à leurs protégés respectifs pour les aider, lorsque l’échéance du désespoir se présentera, à franchir le pas fatal.

 

 

 

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Il est peu probable que les alliances du début des combats durent pendant la totalité de la guerre. Elles ne seront destinées qu’à  en rendre possible le déclanchement, de la même façon que le pacte germano-soviétique était indispensable au réarmement de l’armée allemande, pour lui permettre d’écraser la France, et pour qu’Hitler se croie en mesure d’affronter victorieusement l’URSS.

 

Pour qu’au lendemain des hostilités les conditions d’une paix durable soient réunies, il faudra que soient éradiqués les deux fléaux qui empoisonnent actuellement les relations internationales : le fanatisme et le terrorisme. Comme en 1945, on utilisera les sanctuaires de la barbarie adverse, pour exorciser l’inacceptable. Il faudra vraisemblablement qu’à un moment les deux familles ennemies de l’Islam se réunissent, pour pouvoir faire l’objet du même rejet. Des guerres civiles européennes, alimentées par des fanatiques issus de l’immigration, pourraient en être l’occasion. Quant aux Chinois, les exactions massives qu’ils seront amenés à commettre justifiera leur condamnation devant un tribunal international ad hoc.

 

Il est légitime de penser qu’à la fin de ce conflit la Chine et le monde arabe pourraient se retrouver dans le même isolement que celui des Allemands et des Japonais en 1945.