Le cas Cahuzac

 

Depuis François Vidocq, on sait qu’un bon ministre doit connaître à la perfection les moyens qui peuvent être utilisés pour combattre le ministère dont il a la charge. « Comment a-t-il acquis son savoir ? » n’est pas le facteur décisif de son recrutement, loin derrière l’incontournable « quelle est sa réelle compétence ? ».

 

Jérôme Cahuzac était un ministre des finances dont le professionnalisme était reconnu par tous. A tous ceux qui mettent la probité au-dessus de tout, il convient de faire remarquer qu’il vaut mieux pour l’Etat de faire appel à un escroc qui a su détourner quelques millions, et qui saura faire rentrer des milliards, qu’une oie blanche irréprochable, qui laissera plumer le fisc en toute sérénité.

La nomination de Cahuzac a été judicieuse ; elle incluait naturellement une part de risque que seuls les naïfs et les faux-culs pouvaient ignorer.

 

Un parangon de vertu rattrapé par son passé, cela arrive périodiquement. C’est classique. On  peut en faire un fromage (il faut bien que les media puissent vivre), mais quand même pas une montagne.


Dans le cas présent, un Etat normal aurait dû démettre le ministre, lui faire rembourser ses larcins (et ça le fisc sait très bien faire) et le faire condamner à une peine de prison, ferme, pour dissocier son cas de ceux de ses semblables qui avaient su éviter l’enrichissement personnel.

Seulement voilà : l’idéologie socialiste de F. Hollande a décidé que l’Etat serait irréprochable et non plus seulement normal.

 

Or, un état irréprochable ne peut prononcer de condamnation (qui pourrait lui être reprochée). Il se réfugie donc derrière la justice pour cette basse besogne. Mais celle-ci se doit d’être objective. Et dans son travail d’instruction elle devra, pour déterminer la responsabilité de chacun, définir qui a commis la faute de confier de telles responsabilités à un maître escroc.

Et de cela tout l’exécutif en est parfaitement conscient. Et l’opposition aussi. On en arrive donc à cette situation ubuesque, où le gouvernement, pour ne pas être éclaboussé par les critiques de l’opposition, se croît obligé de faire de la surenchère … pour dénoncer in fine le choix qui a été fait de nommer ministre Jérôme Cahuzac.


François Hollande et Jean Marc Ayrault sont dans des sables mouvants : s’ils ne font rien, ils s’enfoncent lentement, et s’ils s’agitent, c’est pire.

 

Leur faute, ce n’est pas d’avoir choisi un collaborateur qui avait des faiblesses (ils l’ont fait sciemment, car toute nomination ministérielle est précédée d’enquêtes de la DCRI, qui émet des « avis », même si le Chef de l’Etat en fait ce qu’il veut) mais de ne pas avoir su le gérer.

 

Imaginons l’inimaginable.

Supposons qu’un cas semblable se soit produit sous l’autorité présidentielle de de Gaulle ou Mitterrand. Le public aurait été averti par le Chef de l’Etat en personne, au cours d’une conférence de presse extraordinaire. Au cours de son intervention, le Chef de l’Etat aurait démis le ministre de ses fonctions (au lieu de lui demander sa démission), aurait saisi la Haute Cour de Justice, et aurait fait savoir quelle sanction il souhaitait contre le coupable. Huit jours après, on n’en aurait plus parlé.

 

F. Hollande et J.M Ayrault ont commis une faute incroyable : ils ont délégué leur autorité morale pour régler ce problème, à la justice. Or celle-ci ne pourra pas ne retenir que la seule responsabilité du prévenu (je fais grâce au lecteur des interventions de Moscovici auprès de la banque UBS, des commentaires à la presse qui ont suivi, ni du moment judicieusement choisi pour obtenir les aveux de Cahuzac – imaginons par exemple qu’ils aient eu lieu quelques jours avant la motion de censure déposée par l’opposition ???) mais devra aussi l’assortir de circonstances atténuantes inhérentes aux choix qui ont présidé à la constitution du gouvernement.


Bref, on l’a compris, en se voulant « irréprochables », F.Hollande et J.M Ayrault ont déserté leurs responsabilités.


Leur faute met l’exécutif en première ligne. Le sort du Premier ministre semble réglé. Pour sauver les quatre années qui lui restent de son quinquennat, F. Hollande va devoir sacrifier ses proches collaborateurs.

 

D’ici à ce que les manifestants « anti mariage pour tous » ne répandent l’idée que c’est pour ne pas avoir à payer l’ISF qu’Hollande ne veut pas se marier, et que ceci constitue une manière aussi légale que moralement condamnable de frauder le fisc…

 

Ce jour-là, il risque de se retrouver bien seul.