Trump, Clinton et les cours du baril.

 

L'exploitation des gaz et pétrole de schiste nécessitait un prix élevé du pétrole. L'embargo contre l'Iran, et la guerre en Irak allaient provoquer une insuffisance de l'offre par rapport à la demande, qui engendra une flambée des cours en 2008-2009.
Mais l'énorme production des hydrocarbures provenant des schistes et sables bitumineux du sous-continent nord américain entraîna une saturation des marchés, et une baisse des cours dès 2011-2012. Pour les Américains, dont la reprise économique était tributaire des coûts élevés de l'énergie, c'était inacceptable.

 

Pour y faire face, les États-Unis pouvaient jouer sur deux leviers : celui de la limitation des capacités mondiales de production, et celui de la perturbation des circuits de distribution.
Les deux méthodes furent employées simultanément.

 

A) Limitation de la production.

Aux actions menées contre l'Iran et l'Irak, il faut ajouter la guerre en Libye, la ruine du Venezuela, le développement des guerres civiles au Nigeria, au Congo et au Sud-Soudan. Dans le même temps, la mise sous tutelle économique de la Grèce permettait de bloquer l'exploitation du gaz de la Méditerranée (pour lequel la société américaine Noble-Energy, dont Bill Clinton est un des dirigeants, a acquis les droits d'exploitation), tandis que les actions conjuguées de Greenpeace et des écologistes interdisaient la mise en valeur des gaz de schiste en Europe, limitaient la production de l'énergie nucléaire et favorisaient la consommation des hydrocarbures (par exemple en privilégiant les moteurs à essence vis à vis des moteurs diesel, qui consomment 20% de carburant en plus ; quant à la théorie des particules fines, 80% d'entre elles sont émises non pas par les moteurs, mais par l'usure des disques de freins, et les frottements des pneumatiques sur l'asphalte...).

 

B) Perturbation des circuits de distribution.
Elle consiste principalement à interdire la construction de gazoducs et pipelines à destination de l'Europe.

Cela explique la guerre en Syrie (projet franco-qatari de gazoduc), et les embargos que les États-Unis ont imposés à l'Europe vis à vis de la Russie, suite aux initiatives américaines contre cette dernière (la révolution de Maïdan, financée par George Soros, relève de la même manipulation que celles dites du « Printemps arabes » qui ensanglantent la Moyen-Orient depuis que les premiers mètres cubes de gaz de schiste américains ont été livrés à l'Europe).
A cela, il faut ajouter les actions des terroristes de tous genres (maritime en Mer rouge, le long des côtes du Yémen et de la Somalie ; ou terrestres : Al Qaïda, Boko Harm ou Daesh...). Toutes sont financées par des États islamistes, plus ou moins bienveillants vis à vis de la Confrérie des Frères Musulmans.

 

C) Conséquences de ces deux méthodes.

Elles mettent en cause l'équilibre des forces de la planète :

l'embargo européen vis à vis de la Russie pousse cette dernière à se rapprocher de la Chine. Or l'alliance Chine-Russie est susceptible de mettre l'OTAN en infériorité. C'était vrai du temps de la guerre froide, ça l'est davantage aujourd'hui, et cela le sera encore plus dans l'avenir.

Cela ne pouvait pas échapper à l'analyse des stratèges de l'armée américaine. Et c'est donc très logiquement que l'on trouve de nombreux anciens hauts responsables militaires dans l'entourage de Trump, qui adhèrent à sa volonté de se rapprocher de la Russie. Dans l'intérêt des USA, mieux vaut voir le pétrole russe profiter à l'Europe plutôt qu'à la Chine.

 

L'autre méthode (ralentissement de l'activité des États producteurs) amène la politique américaine à une révision déchirante. En effet, et surtout depuis leur échec en Syrie, et la levée de l'embargo contre l'Iran, les USA ne peuvent plus s'opposer aux livraisons d'hydrocarbures iraniens à l'Europe. Pour le maintien des cours du pétrole à leur niveau actuel (qui est la limite basse que les Etats-Unis peuvent supporter), il va falloir que l'Arabie Saoudite (un des rares pays producteurs, avec l'Algérie, à avoir été épargné par la guerre, ou par « les printemps arabes ») diminue sa production de façon drastique. Mais elle ne peut y consentir, sans mettre en péril sa paix sociale.

Pour les Etats-Unis, reste à la contraindre, par la force. C'est dans ce contexte que la guerre du Yémen doit être appréciée.

 

D) Problèmes posés par ce renversement d'alliances.
1) Le premier d'entre eux est le poids d'une complicité de soixante-dix ans entre les services spéciaux saoudiens et la CIA :

-en 1979, la CIA, avec la complicité du Prince Turki, chef des services spéciaux saoudiens, organise le soulèvement des pèlerins de La Mecque (but poursuivi : convaincre le roi Khaled que l'URSS voulait renverser la monarchie … pour l'inciter à augmenter sa production pétrolière... ce qui provoquera la chute des cours... ce qui contribuera à l'affaiblissement de l'Union Soviétique).

- En même temps,la CIA, les services spéciaux d'Arabie Saoudite et pakistanais s'appuient sur Ben Laden pour soutenir les mouvements insurrectionnels contre les Soviétiques en Afghanistan.

- En 2001, attentats du World Trade Center organisés par leurs services spéciaux saoudiens, pour se dédouaner vis à vis du régent Abdullah de leurs actions en 1979 à La Mecque contre la famille royale. La CIA se sert de cet attentat pour incriminer Ben Laden, mais pas sa famille, et entraîner les USA à intervenir en Afghanistan.

- En 2003 la CIA fournit à G.W.Bush les faux rapports qui justifieront l'intervention US en Irak.

-En 2006, création en Irak du Conseil des Moudjahidins qui deviendra Daesh en 2011.

-En 2011, début du « printemps arabe » qui va affecter la Tunisie, l’Égypte, la Libye et la Syrie. Il est le résultat d'une collaboration de plusieurs années entre la CIA et les Frères Musulmans.

-En 2014 : proclamation de l' « État Islamique » Daesh en Irak et en Syrie. Participation de ce mouvement à la guerre contre Bachar Al Assad.

 

2) Le second est l'importance qu'à pris Israël dans la politique étrangère américaine. Depuis sa création, Israël a toujours bénéficié du soutien financier et militaire des USA ; et a toujours été conforté par la politique américaine au Proche et Moyen-Orient, qui avait l'avantage de dresser les Chiites contre les Sunnites. De plus, l’État Hébreux se sent particulièrement menacé par l'Iran et la Russie.

Un changement de politique étrangère américaine(rapprochement avec la Russie et l'Iran) ne peut être que mal perçu par Tel Aviv.

Dans ces conditions, il est logique que tous les lobbies pro-Israël aux États-Unis se déchaînent contre les désirs de D.Trump de réorienter les alliances. Ils trouvent des appuis naturels auprès des Démocrates (qui ont cautionné les accords secrets des USA avec les Frères Musulmans), mais aussi des responsables de la CIA (qui les ont mis concrétisés) et des milieux d'affaires qui ont œuvré à leur réalisation (George Soros en particulier) ou en ont profité (et parmi eux, la banque Rothschild).

 

E) Ceux qui soutiennent la politique étrangère de Trump.

Ce sont essentiellement les militaires, et le FBI.

Pour les soldats, l'ennemi, c'est celui qui est au bout du fusil. Pour les chefs, s'allier aux terroristes, c'est trahir. Pour les stratèges, avoir pour ennemi à la fois la Russie et la Chine, c'est se mettre en état d'infériorité, c'est une faute.

Pour le FBI, depuis l'attentat du 11 septembre, les ingérences permanentes de la CIA dans son domaine réservé sont difficilement supportables.

En gros, ce sont les patriotes qui soutiennent D. Trump, et les banquiers qui y sont hostiles.

Cependant, en se faisant élire Président, contre l' « Establishement » et en dépit de l'hostilité des media, Trump a prouvé qu'il bénéficiait d'appuis puissants.
Il n'est pas certain qu'ils se soient tous dévoilés. En particulier chez les pétroliers qui ont investi dans le gaz de schiste américain. Pour eux, l'abandon de l'Arabie saoudite peut n'apparaître que comme un moindre mal.

Trump contre Clinton, la guerre n'est pas finie.

Hervé Le Bideau

22/02/2017