L'ère du pétrole s'achève ; celle du gaz commence.

 

Nos diplomates et hommes d’État s'efforcent de faire croire (et sans doute le croient-ils eux-mêmes) que les problèmes trouvent leurs sources dans les visées politiques de leurs correspondants. Les combats d'idées l'emporteraient sur les réalités.

 

C'est vraisemblablement bon pour leur carrière, mais dans le monde dans lequel nous vivons, dominé par les USA depuis plus d'un siècle, c'est idiot. Car, pour les Américains, l'économique prime sur le politique, et les intérêts US sur tous ceux de la planète.

 

Analysons avec un œil de mécanicien ce qui se passe depuis la fin de l'URSS : les États-Unis,  avaient prévu depuis longtemps la fin du pétrole bon marché, et le club de Rome l'avait annoncé dès son rapport de 1972. Mais les « States » savaient aussi que le continent nord américain regorgeait de pétrole et de gaz de schiste.
Problème : ces hydrocarbures d'extraction artificielle sont chers, car pour en obtenir deux barils, il faut en consommer un. En gros, les pétroles et gaz de schiste coûtent deux fois plus cher que ceux d'origine naturelle.

 

A partir de l'an 2000, les États-Unis attendaient que les réserves naturelles de pétrole se raréfient suffisamment pour que les gaz et pétrole de schiste deviennent rentables.
Mais comme cela demandait du temps, et que ces délais coûtaient cher aux USA importateurs (à l'époque) de pétrole, l'idée leur est venue de les raccourcir, en fermant les approvisionnements européens (le plus gros marché mondial d'hydrocarbures) en provenance de l'Iran et de l'Irak. La guerre contre Sadam Hussein fut décidée, dans le mensonge.

 

Puis, pour assurer la rentabilité des investissements américains dans les « hydrocarbures artificiels », la crise économique de 2008 fut organisée (elle repose sur la « détritisation » des garanties bancaires et la dérégulation des encadrements du crédit, entreprises dès la fin des années 1990), qui allait propulser le prix de l'énergie jusqu'à 150 dollars le baril.

 

Et, toujours pour le succès de l'opération, la guerre de Libye fut entreprise, et Al Qaïda et les autres mouvements terroristes mettaient à mal les autres productions :du Nigeria et du Congo. Des opérations subversives en Géorgie, puis en Ukraine allaient permettre de ralentir les approvisionnements européens d'origine russe, tandis que la ruine de l'économie du Venezuela allait placer l'activité pétrolière de Caracas sous contrôle américain.

 

Mais, si pendant un siècle, les USA ont imposé au monde entier leur politique économique basée sur le pétrole, et pour le pétrole, et s'ils ont su anticiper la fin du pétrole bon marché, avec autant de cynisme que de précision, ils ont omis d'étudier avec la même rigueur le développement des ressources de gaz naturel.
Or, après la découverte de l'énorme gisement du golfe persique (exploité conjointement par le Qatar et l'Iran), des ressources gazières et pétrolières aussi importantes ont été mises à jour en Méditerranée orientale, tout autour de Chypre, dans les zones d'intérêt maritime de la Grèce, de la Turquie, de la Syrie, du Liban, d'Israël, de l’Égypte, et même de l'OLP qui revendique au nom de sa souveraineté sur la bande de Gaza une partie des royalties versées à Israël pour l'exploitation du gisement Léviathan.

 

Jusqu'à ce jour, les États-Unis et leurs alliés d'Arabie Saoudite et israéliens ont marqué leurs desseins économiques par des motivations idéologiques ,avec la complicité intéressée et hypocrite des diplomates du monde entier: c'est au nom du terrorisme que les Européens doivent fermer leur marché à l'Iran, au Qatar et à la Russie.

Mais, fin octobre, la Liban a demandé aux principales compagnies mondiales de pétrole (une cinquantaine se sont manifestées) de faire des propositions pour l'exploitation du gisement Lamentin, situé en face de son territoire . Dans les quinze jours qui ont suivi, la premier ministre libanais a été convoqué à Riyad pour y être démis de ses fonctions, et empêcher ainsi le fonctionnement normal de l’État.

 

Il faut comprendre que si les embargos et les guerres soit disant « civiles » déclenchées par les Américains n'avaient pas eu lieu, le cours de l'énergie serait la moitié de ce qu'il est, soit à 30$ la baril contre 60 au cours d'aujourd'hui. Mais si en plus les gaz et pétrole de Méditerranée étaient exploités, le prix serait encore divisé par deux et s'établirait à moins de 15$.

Si cela se produisait, tous les pays de la Méditerranée orientale bénéficieraient d'une rente pétrolière qui leur permettrait de promouvoir leur économie.

Côté européen, l'énergie à moins de 20$ le baril permettrait de revenir au plein emploi, et de collaborer au développement harmonieux du continent africain.

 

Mais ce serait également la fin de l'hégémonie américaine qui assure sa domination sur le reste du monde par une dictature économique dans laquelle les hydrocarbures jouent le rôle principal.

 

Jusqu'à une date récente, la croisade lancée par les Américains et leurs alliés israélites et arabiques ne menaçait que les Chiites. Puis elle s'est étendue à tous les producteurs de pétrole et à tous les producteurs de gaz.

 

Le coup de force contre le Liban est un avertissement à tous les pays de la Méditerranée orientale (et à l'Europe?).

Les pays arabes, qui se sont toujours querellés entre eux sauront-ils cette fois s'unir face aux ennemis saoudiens, israéliens et américains ?

L'Europe sera-t-elle suffisamment mature pour admettre que les USA sont en train de sacrifier la planète (et particulièrement dans le domaine de l'écologie) à ses seuls intérêts financiers ? Saura-t-elle profiter de l'existence d'un ennemi commun à tous ses membres, (les USA) pour réaliser enfin son unité ? (on s'unit plus facilement contre un danger collectif, que pour une amélioration de son sort.)

 

Les États-Unis ont été longtemps le moteur de l'évolution de l'humanité. Mais ce temps est révolu, et aujourd'hui, ils en sont devenus le principal frein.

 

La guerre du gaz qui commence sera pour eux la guerre de trop.

 

 

Hervé Le Bideau

22/11/2017