Les hydrocarbures, les matières premières et la guerre.

 

     Le « Club de Rome », créé en 1968, l’avait indiqué dès son premier rapport de 1972 : la population mondiale croît régulièrement et ses besoins également. Or les réserves de la planète en hydrocarbures et minéraux ne sont pas renouvelables. Il arrivera nécessairement un moment où les ressources ne pourront plus subvenir à nos besoins.

 

     En 1985, pour la première fois, les découvertes de pétrole « dans l’année » étaient inférieures à la consommation mondiale. La sagesse aurait voulu que l’on s’oriente dès cette époque vers une politique d’économies d’énergie. Mais la guerre froide amenait les Etats-Unis à faire pression sur l’Arabie Saoudite pour doubler sa production, afin de faire chuter les cours, et de provoquer la faillite de l’URSS, dont les exportations pétrolières constituaient la première source de rentrées en dollars.

 

     A la disparition de cette dernière, on aurait pu s’attendre à un changement de comportement américain. La mutation eut lieu en effet… mais pas dans le bon sens.

 

     Car au lieu de freiner la gabegie pétrolière, les USA lancèrent l’Occident à l’assaut du « marché chinois » pour lequel il fallait investir afin de le moderniser. En 10 ans, le plus grand pays de monde (dont les habitants se déplaçaient majoritairement à bicyclette) devint le 2ème producteur mondial d’automobiles … et consommateur de pétrole.

 

     Ce qui devait arriver arriva : en 2008, les offres de pétrole furent inférieures à la demande et les prix flambèrent ; pour trouver les liquidités nécessaires à leurs achats d’hydrocarbure, les sociétés vendirent leurs actifs, ce qui entraîna une chute spectaculaire des bourses et de l’immobilier et ce fut une grande crise qui ne se calme qu’en 2009 lorsque, des milliers d’entreprises ayant fait faillite, le pétrole redescendit à moins de 40$ le baril (après avoir dépassé les 150$).

 

     L’accalmie fut de courte durée, car grâce à la consommation chinoise, aux séquelles de la guerre en Irak, à l’embargo contre l’Iran, la progression du baril reprit son cours, pour s’installer de façon stable au dessus des 100$ dès 2011.

 

     A ce moment le monde découvrit que la planète regorgeait d’hydrocarbure non exploité, sous forme de sables bitumineux et de gaz de schiste, les réserves principales connues étant situées aux USA et au Kazakhstan (immense pays, 5 fois grand comme la France, peuplé  de 17 millions d’habitants seulement, coincé entre la Russie, la Chine, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et la Caspienne).

 

     Mais ce pétrole « de seconde génération » est cher, puisque pour son exploitation, il faut soit déboiser, chauffer les sables à 350°, utiliser des séparateurs chimiques, assurer le transport, etc …pour les sables ; pour les  schistes bitumineux, il faut forer, briser la roche, envoyer des liquides sous pression, capter les gaz, les stocker, les transporter, etc …

     Toutes ces opérations sont gourmandes d’énergie (pour récupérer 2 litres d’équivalent pétrole, il faut en consommer un). Résultat : à consommation « de jouissance égale », il faut augmenter la production globale de 50% … avec tous les inconvénients que cela représente pour le réchauffement climatique, la dégradation des sols, le gaspillage de l’eau, etc …

 

     Mais grâce à ce « bond technologique » (pour lequel les Américains ont joué un si grand rôle), le spectre de la pénurie d’hydrocarbure est repoussé de plusieurs dizaines d’années.

 

      Il n’en va pas de même des autres matières premières. Dans son « Atlas des Futurs du Monde » (édition Robert Laffont, page 153) Virginie Raisson dresse le tableau de l’épuisement des métaux de la planète (à consommation constante). On y découvre qu’avant 2030 nous serons en rupture de chrome, d’étain, de zinc, d’argent, de plomb et d’or, en 2042 de fer et en 2044 de cuivre. Comment faire des moteurs thermiques sans fer (ni même des voitures, des tracteurs et des machines-outils) ? Comment produire de l’électricité, et la transformer en énergie mécanique sans cuivre, et surtout comment s’adapter à cette disparition quasi simultanée de ces composants actuellement à la base de toutes nos technologies ? (Pour des raisons qu’elle n’explique pas, V. Raisson ne parle pas de la fin de l’exploitation de l’uranium, ni de l’aluminium, alors qu’elle cite celle des terres rares en 2807. Il est clair que la fin de ces deux métaux hautement stratégiques n’attendra pas jusque là …)

 

     Certes la fin de l’extraction de ces métaux ne signifie pas la fin instantanée de leur utilisation : le recyclage permettra de pallier leur épuisement minéral quelques dizaines d’années.

 

     Et après ?

 

     En l’état de nos connaissances, les matériaux composites, issus des chaînes carbonées, fossiles ou végétales, les revêtements céramiques, etc … semblent des pistes porteuses d’espoir. Qu’on le veuille ou non, la chimie, la biologie, la recherche transgénique (et l’exploitation des gaz de schiste) sont à ce jour les pistes les plus sensées, si l’on veut surmonter la formidable rupture technologique qui se produira dans quelques dizaines d’années, et que connaîtront vraisemblablement nos jeunes de moins de 20 ans.

 

     En prendre conscience, et s’organiser mondialement pour un partage équitable et contrôlé des ressources de la planète, devient une urgence prioritaire. Si nous ne le faisons pas, certains pays connaîtront la pénurie avant les autres, ce qui entraînera des guerres de désespoir. Vu l’appauvrissement des ressources dont elle dispose, l’avenir de l’humanité serait si non condamné, au moins menacé à une régression de plusieurs siècles.