La Méditerranée, le pétrole et la Grèce.

 

En 2007, N.Sarkozy créait l'Union Pour la Méditerranée (UPM) qui avait pour but de favoriser les économies des pays riverains grâce à une meilleure collaboration de leurs gouvernements et chefs d’États respectifs.

 

Cette initiative, logique et généreuse, allait se heurter à trois obstacles qui n'apparaîtront que plus tard :

1- le premier fut la volonté des États-Unis (et d'Israël) de déstabiliser le régime iranien pour mettre fin à sa marche à l'arme nucléaire. Ce fut l'origine de ce qu'on appela « le printemps arabe », en 2011, et qui commençait par l'installation du chaos dans les pays les plus proches des Occidentaux. Fin de l'Union Pour la Méditerranée.

 

2- le second fut la décision des États-Unis d'utiliser leurs ressources de gaz de schiste et de pétrole bitumineux. Pour que les conditions d'exploitation soient rentables, il était nécessaire que le prix du pétrole soit élevé. La guerre en Irak et l'embargo sur le pétrole iranien se révélant insuffisant, la crise économique de 2008 (qui fit passer le baril de 30 dollars à près de 150), puis la destruction du régime de Khadaffi (qui approvisionnait le marché occidental en pétrole) permirent la réalisation du projet américain, avec des effets durables.

 

3- le troisième fut la découverte par la Grèce (c'est le gouvernement grec de l'époque qui avait commandité les forages) d'immenses réserves gazières et pétrolières dans deux gisements off shore, l'un au sud de la Crête, l'autre au sud-est de Chypre (on parle de 22 milliards de barils de pétrole rien que pour celui du sud de la Crête, soit deux siècles de consommation française).

 

Comment empêcher que l'exploitation du pétrole de la Méditerranée ne ruine les développements des gaz de schiste américains ?

Le gisement nord (au sud de la Crête) pouvait être en partie revendiqué par la Turquie du fait de sa présence sur la zone nord de Chypre. Son exploitation nécessitait un accord politique entre les deux pays ennemis. Et pour la Grèce, admettre les droits turcs sur ce gisement, c'était aussi reconnaître la légalité de la possession de la Turquie de la partie nord de l'île.

Le gisement sud était partagé entre les zones d'influence de la Syrie, du Liban, d'Israël et de Gaza. Là aussi, le problème politique était difficile et sa complexité pouvait bloquer l'extraction des produits pétroliers pendant de nombreuses années.

 

Selon Aristote Vassilakis, la société Noble Energy aurait obtenu l'accord des pays concernés (Grèce, Israël, Turquie – la Syrie, le Liban et Gaza n'étant pas en mesure de revendiquer quoi que ce soit pour cause de guerre) sur la base de 60% des revenus pour elle-même, les 40% restant étant à partager entre la Grèce et la Turquie (pour le gisement nord) et Israël et la Grèce pour le gisement sud (Bill Clinton émargerait à Noble Energy). Le début de la production serait prévue pour 2016.

 

Comment les Américains ont-ils pu réaliser ce hold-up sur le pétrole grec ?

Grâce à la crise de 2008. La Grèce avait un besoin de liquidités qui la poussait à accepter des conditions défavorables.

Il restait à empêcher l'Europe d'aider la Grèce, pour que les USA deviennent les seuls décideurs des gaz et pétrole de la Méditerranée. Pour cela, il suffisait de provoquer l'effondrement de l'économie grecque en incitant les fonds de pension (qui sont les principaux investiteurs occidentaux) à acheter de la dette française et allemande, mais surtout pas grecque. C'est une manœuvre classique, c'est ainsi que le Mexique, après avoir découvert des gisements pétroliers très importants dans son sous-sol et dans ses eaux territoriales, s'était soudain retrouvé en situation de cessation de paiement dans les années 1980.

De la même façon, si l'Europe ne se montre pas assez docile aux projets des Américains, ceux-ci peuvent mettre en faillite n'importe quelle économie de l'Union : quelle serait la situation de la France si les taux de la dette remontaient soudainement à 7 ou 8% comme ceux de l'Espagne ou de l'Italie ?

 

A quand la mise en faillite de la France et de l'Europe ?

 

Ce n'est pas pour tout de suite (la gauche française, autrefois partiellement sous influence de l'URSS, s'est retrouvée trotskyste à la disparition de cette dernière, et en excellentes relations avec les Américains).

La mise en faillite de la France, ce serait plutôt en 2017, si une droite indépendante vis à vis des États-Unis revenait au pouvoir.

Là, le pire serait à craindre.

 

Hervé LE BIDEAU, le 11 juillet 2015.