Les attentats et les élections.

 

Mercredi 10 et jeudi 13 août, les info télévisées nous ont exposé les précautions que prenaient les pouvoirs publics pour assurer la protection des enfants , la préparation psychologique des professeurs à faire face à des prises d'otages dans leurs écoles, et les formations dispensées aux adolescents aux premiers gestes de secourisme.

 

Cela avait de quoi étonner en période de vacances scolaires, à un moment où le pays, encore sous le coup des derniers attentats (de Nice, et du père Hamel),avait besoin de sérénité. Que le ministère de l'Intérieur anticipe le danger, fort bien, mais qu'il le fasse discrètement ! Car en présentant à l'opinion publique les dangers que vont courir nos enfants à la rentrée, Bernard Cazeneuve les désigne indiscutablement à la vindicte des cinglés djihadistes en mal d'objectifs sensibles pour terroriser la France et l'Europe (car c'est bien d'une guerre terroriste dont il s'agit).

 

Je ne crois pas que cette incitation à peine voilée à s'en prendre aux enfants scolarisés soit due à l'inconscience des hauts fonctionnaires de l'Intérieur , ni à celle des journalistes des services publics qui ont fait passer l'information. Et que le message ait cessé au bout de quarante-huit heures n'efface rien : les cinglés ont été avertis, ils ont compris et le mal est fait.

 

Pour quelle raison cette indiscrétion criminelle ?

 

  • A priori, elle semble électoraliste : la multiplication des attentats fait monter la côte du Front National ; mais comme il ne sera pas en mesure de l'emporter au second tour des présidentielles, ni d'obtenir un nombre de sièges significatifs au second tour des législatives qui suivront, cela ne servira qu'à minimiser le succès de la droite (hors FN)en 2017.

    Ce serait un bien grand crime (la mort d'enfants) pour un résultat bien minime.

  • Il y a plus subtil : les sondages créditent les électeurs de M. Le Pen de 8 à9 millions de voix au premier tour de la présidentielle .

  • Mais s'il y a plusieurs attentats particulièrement révoltants (et en particulier ceux qui tuent des enfants), le FN pourrait obtenir un score de 12 à 13 millions au premier tour.

  • Il y a en France 46 millions d'inscrits sur les listes électorales. A l'issue des primaires de la droite, et de la gauche, beaucoup des partisans des battus marqueront leur mauvaise humeur en s'abstenant au premier scrutin présidentiel , se réservant pour le premier tour.

  • Or, avec un taux de participation de 60%, et un total de bulletins nuls de 5%, on arrive à un nombre de voix exprimées de l'ordre de 25 millions. Si Marine Le Pen obtient plus de 12,5 millions de voix, elle atteindra la majorité absolue, et elle pourrait être vraisemblablement élue au premier tour.

Or, en aucun cas, le FN ne pourra remporter les législatives qui suivront.

 

-Au cours de ces élections parlementaires, les triangulaires seront très nombreuses.

La droite ne pourra l'emporter qu'avec le soutien des voix de gauche dans de très

nombreux cas.

 

-Le FN se trouvera en cohabitation minoritaire et hostile. M. Le Pen devra nommer un premier ministre de « consensus » (Juppé, Bayrou, voire Macron). Elle ne pourra rien faire de son programme. Elle devra soit se résigner à un quinquennat de potiche, soit démissionner tout de suite.

 

Dans les deux cas, le FN sera désarmé pour 20 ans.

 

Dans les deux cas, la France restera gouvernée par une alliance UMPS, dont Bayrou et ses rares électeurs sont actuellement les seuls partisans.

 

Résumons-nous.

 

Pour éviter une déroute historique, la gauche semble se raccrocher à un espoir de gouvernement d'union nationale (contre le FN) qui la remettrait en selle.

Pour ce faire, elle prend des risques avec la sécurité de nos enfants.

Est-ce cela, un État de Droit ?

Les Français jugeront.

 

 

Hervé LE BIDEAU

14/08/2016