Les hydrocarbures, Poutine, Obama et la Syrie.

 

En 1971, dans le golfe persique, partagée entre le Qatar et l'Iran, une poche de gaz naturel gigantesque (20% des réserves mondiales) est découverte. Elle est exploitée, depuis 1996 par le Qatar. L'Iran n'a pu le faire, jusqu'à une date récente, en raison des guerres, révolutions et embargos qu'il a subis.

 

Dès 2007, le Qatar monte un projet, avec l'aide de la France, de construction d'un gazoduc direct, reliant le Qatar à l'Europe, en passant par l'Arabie Saoudite, la Syrie et la Turquie.

Or en 2007 aussi, (mais le « grand public » ne le savait pas à l'époque) les USA avaient commencé à investir massivement dans l'exploitation du gaz de schiste. Cette entreprise nécessitait un prix élevé, durablement, pour le baril (en 2007, il était à moins de 30$, en 2009, il atteignait 150$).

Au lendemain de la fuite de Ben Ali, le 29/01/2011, j'écrivais dans mon blog : « L'intérêt des États-Unis est de rendre rentable le plus rapidement possible l'exploitation pétrolière des zones qui ne le sont pas aujourd'hui ».

 

Les intentions franco-qatariennes représentaient une menace mortelle pour l'économie américaine, qui nécessitait un prix fort du pétrole. Elles s'opposaient aussi aux intérêts russes et saoudiens. Et le meilleur moyen de combattre ce projet, c'était naturellement la guerre en Syrie (on ne construit pas un oléoduc sur un champ de bataille! ). Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la guerre contre Bachar Al Assad ne devait être ni gagnée, ni être perdue ; c'était une guerre pour durer, et cela ne pouvait se faire qu'avec la complicité des Russes et des Américains. Ceci est la cause de toutes les trahisons auxquelles nous assistons depuis les « printemps arabes ». Une fois de plus la diplomatie française n'a rien compris au film, et s'est fait rouler dans la farine (ça fait cinq ans que cela dure! ).
Le peuple syrien est la première victime de cette monstruosité. Les Kurdes (syriens et irakiens) aussi. Les musulmans et les européens se regardent en chiens de faïence, et plusieurs pays sont au bord de la guerre civile.

Erdogan se croit plus malin, et s'efforce (avec quelques succès) de tirer son épingle du jeu. Il réussira tant que ses ambitions ne porteront pas atteinte aux intérêts russes et américains.


Ceux qui croient qu'il suffit de quitter l'OTAN et de se rapprocher de la Russie pour régler tous nos problèmes sont dans l’erreur.

Nous assistons actuellement à une baisse relative du cours du baril (entre 40 et 50$). Ce n'est pas tenable à long terme pour les USA. Ce n'est qu'une étape : l'exploitation du gaz (et du pétrole de schiste) aux États-Unis a nécessité l'investissement de tous les capitaux disponibles (gros et petits porteurs). Dans les années 1870, les Rockefeller avaient ruiné leurs concurrents en baissant leurs prix de vente en dessous du seuil de rentabilité. Puis, ayant récupéré le marché, les cours étaient remontés.

Il y a de très fortes chances que les grandes compagnies américaines soient très prochainement débarrassées de leurs concurrents sur leur propre sol.

 

 Les cours mondiaux pourront alors repartir à la hausse. Avec plus de huit milliards d'habitants sur la planète, le manque de consommateurs n'est pas à craindre. Il faut juste un peu d'organisation (et ça, les Américains savent faire) et que le dollar reste la monnaie internationale des échanges commerciaux. Mais là, la Chine a son mot à dire. C'est ce qui différencie essentiellement les stratégies qui ont eu cours au vingtième siècle de celles qui suivront.

                             Hervé LE BIDEAU

21 septembre 2016